Zoom sur… Les Samburus et le projet Sadhana Forest

La population Samburu est basée au Nord du Kenya, dans la province du Rift Valley. Samburu veut dire « papillon ». Les communautés voisines les ont appelés ainsi du fait de leurs tenues toujours très colorées. Les Samburus sont aussi réputés pour être très accueillants, ce que je peux confirmer après deux semaines à leur côté.

Samburus

Les Samburus vivent principalement de leurs élevages de chèvres, de vaches et de chameaux. Il y a encore quelques années, ils se nourrissaient que de sang et de lait! ( mon ami Lary que j’ai rencontré sur le projet m’a dit que la dernière fois qu’il a bu du sang était en 2010, pas si loin donc…). Les sécheresses, l’érosion des sols de ces dernières années ainsi que les conflits inter-tribus rendent l’accès à la nourriture de plus en plus complexe. Le niveau de vie en est une preuve: 80% des samburus vivent sous le seuil de pauvreté kenyan (0,73$/jour), 15% ont accès à l’eau potable. La distance moyenne à parcourir pour avoir accès à l’eau est 3.7km. 80% des Samburus a moins de 35 ans… 

La culture est très différente de chez nous. Chez les Samburus, il est possible d’avoir plusieurs femmes. L’homme doit offrir de nombreuses vaches pour obtenir la main de la femme. Les femmes ont de nombreux enfants et il est rare qu’elles aient la chance d’accoucher à l’hôpital. Les garçons  doivent passer plusieurs épreuves courant de leur vie. Entre 14 ans et 28 ans, ils peuvent devenir « warrior ». Ils seront alors considérés comme de vrais hommes. On les reconnaît par leur costume typique. Puis ils deviendront 14 ans plus tard « elder » et pourront alors se marier. 

Warrior
Costume traditionnel du warrior

Dans le petit village à côté de Kisima, tous les samedis a lieu un grand rassemblement : le marché. Certains font plus de 3h de marche pour y vendre leurs objets, ou juste pour y participer .  On y trouve de la nourriture, des vêtements, des bijoux, des objets divers, des plantes… C’est ici que se vend le bétail également, en cas de grand besoin d’argent. 

C’est ici que Sadhana Forest, l’association pour laquelle j’ai travaillé, s’est installée il y a 4 ans. Elle plante des arbres et forment les Samburus à planter les leurs et en prendre soin ( aujourd’hui plus de 3000 personnes ont été formées). Elle participe donc à l’objectif du gouvernement qui est de recouvrir 10% de la surface kenyane par des forêts. Les volontaires produisent également de l’électricité grâce à l’énergie solaire et l’énergie du vent, et récupèrent l’eau des nappes phréatiques par la méthode du forage. Les Samburus peuvent ainsi venir recharger leurs appareils électroniques et avoir accès à l’eau. 

Dans les villes un peu plus grandes, comme à Maralal (30km de Kisima), le quotidien n’est pas toujours très rose. J’ai pu rencontrer Georgia, une italienne qui a initié un projet il y a 4 ans: secourir les enfants errant dans la rue, les éduquer, leur trouver une nouvelle famille et ensuite les réintroduire dans la société. Oui, car ici les conditions sont rudes. Les problèmes d’alcool et de violence sont très présents. Les parents préfèrent souvent économiser un peu plus pour s’offrir une bouteille d’alcool plutôt que de donner à manger à leurs enfants, ils deviennent violents et souvent les enfants fuguent et se retrouvent dans la rue. Les rixes entre tribus sont aussi régulières, et cela est encouragé par le gouvernement qui autorise le port d’arme. «  Diviser pour mieux régner et donner les moyens pour ne pas porter l’attention sur les détournements d’argent du gouvernement », m’a expliqué Georgia. L’ecole est censée être obligatoire mais le costume aussi. Ceux qui arrivent à l’école sans costume car n’ont pas pu s’en payer un se font renvoyer chez eux. 

Dans les rues de Maralal, j’étais arrêtée toutes les 5mn par un enfant pour que je lui donne 50 shillings, les hommes sont souvent alcoolisés… et même pour Georgia qui y habite depuis 4 ans, c’est le quotidien. Tous les jours on lui demande de l’argent. « J’aimerais juste qu’on me considère comme une voisine, pas comme un ATM ». Difficile pour elle de trouver des personnes de confiance. Cela lui est arrivé plusieurs fois d’embaucher quelqu’un et que ce dernier parte du jour au lendemain avec la caisse sans rien dire à personne. 

Maralal

Georgia reste malgré tout car c’est son projet, et que c’est beau de voir quelques jeunes sortir de la misère. Elle restera jusqu’à ce qu’elle trouve un repreneur de confiance.

Sur le territoire, les conditions climatiques ne sont pas non plus toujours une aide pour les relations inter-tribus. Il y a deux ans, lors d’une terrible sécheresse, des Masaï sont venus piller Sadhana Forest. Les troupeaux ont dévasté l’espace, ont détruit les arbres qui commençaient à peine de pousser… un grand désastre pour le projet… Mais les volontaires se sont retroussés les manches et font encore perdurer le projet aujourd’hui. « Les premières années sont les plus dures, on a du mal à voir les résultats des longues heures de labeur, mais une fois que les arbres seront solides, les forêts pousseront à grande vitesse, comme cela a été  le cas à Sadhana Forest India, près d’Auroville », m’a expliqué Aurélien, volontaire long terme à Sadhana.

Mon expérience sur ce territoire m’a donc beaucoup appris. D’un côté j’ai été touchée de voir comment les Samburus pouvaient s’en sortir avec si peu en gardant leur sourire et comme ils étaient proche de leur nature. D’un autre côté j’ai vu le déséquilibre et le mal que pouvaient provoquer l’alcool et les armes, et la détresse et le désastre qui en découlent … l’équilibre ne tient qu’à un fil. 

J’ai également compris que le réchauffement climatique avait des conséquences terribles et concrètes depuis déjà quelques années. Nous, on ne s’en rend pas compte, mais dans certains pays, c’est bien là.

Enfin, quelle chance nous avons en France d’avoir de l’eau en tournant un robinet, d’avoir de l’électricité en appuyant sur un interrupteur, d’avoir la sécurité sociale, d’avoir l’école accessible à tous, d’avoir des pairs fiables.

Amour et Gratitude à la Vie.

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